ALTA MONTAGNA E PASCOLI
Les stations ne sont plus à la mode, elles rencontrent des difficultés à fixer leur clientèle et à améliorer les conditions d'accueil. Quelles sont les perspectives qui s'offrent à elles ?
MACHINES À SKIER
par Maddalena Micheletto
Trois générations de stations

Le développement du tourisme hivernal dans les Alpes date du début du 20ème siècle. Il a connu au début des années 1960 une accélération qui s'est traduite notamment par une croissance rapide du parc d'hébergements touristiques. Pour caractériser les différentes phases de ce développement, l'on a pris l'habitude de parler de générations de stations.
La première génération correspond aux stations qui sont créées dans les années 1920-1930 à l'initiative des acteurs locaux (guides, moniteurs de ski, hôteliers...). L'urbanisation se développe en continuité des villages ruraux, sans plan d'ensemble et les remontées mécaniques, gérées par plusieurs sociétés, sont implantées au gré des initiatives individuelles. L'architecture adoptée est celle du chalet, réinterprétation des maisons rurales traditionnelles des montagnes suisses ou haut-savoyardes : alors que le soubassement, voire tout le rez-de-chaussée sont réalisés en pierres de taille ou en maçonnerie, les étages supérieurs sont construits (partiellement ou totalement) en bois ; le toit a deux pentes et les volets sont colorés de couleurs vives (rouge et blanc principalement). Selon leur destination, ces chalets peuvent accueillir un ou plusieurs logements ou encore un hôtel. Sous l'influence des architectes modernes, une nouvelle typologie apparaît avec la réalisation de chalets ou d'immeubles dont le toit ne comporte qu'une seule pente. Ces stations de première génération sont particulièrement nombreuses en Autriche, en Suisse et en Haute-Savoie. En Vallée d'Aoste, Cogne, Courmayeur, Gressoney, Valtournenche correspondent à ce modèle. Dans ces stations des Alpes du Nord, l'hébergement est implanté à basse altitude (entre 1000 et 1500 mètres) et, à l'origine, souvent un seul et unique téléphérique assure la jonction avec le domaine skiable.
La seconde génération est celle des stations dites intégrées, appelées parfois usines à ski. Ce modèle, mis au point au début des années 1940 par des architectes modernes français, notamment par J.P. Sabatou, rédacteur de la revue L'Architecture d'Aujourd'hui et auteur d'un plan d'aménagement pour Chamonix, est repris en 1950 à Courchevel puis dans les stations construites à l'initiative du gouvernement français dans le cadre du Plan Neige. Ces stations sont implantées à haute altitude (au-dessus de 1500 mètres) sur des espaces vierges, destinés jusque-là aux alpages. Leur aménagement est confié à un maître d'ouvrage unique qui s'inspire de quelques grands principes :

- l'accès se fait par la route mais l'on abandonne la voiture pour toute la durée du séjour dès l'arrivée à la station ;
- la station est destinée à la pratique du ski alpin, tant et si bien qu'à l'origine elle n'est même pas ouverte en été ;
- l'hébergement est implanté au bas des pistes et l'accès aux remontées mécanique se fait à partir d'un point unique et l'on peut ainsi arriver à ski au pied de son appartement (concept du front de neige) ;
- les remontées mécaniques sont reliées les unes aux autres et forment un véritable réseau ;
- l'architecture est résolument d'inspiration moderne et certains, à l'image de Marcel Breuer, architecte de la station de Flaine en Haute-Savoie, n'hésitent pas à remplacer le bois par le béton brut ;
- des galeries marchandes situées à l'intérieur même des immeubles accueillent l'ensemble des équipements, commerces et services.

Les stations de seconde génération sont implantées quasi exclusivement en France, plus particulièrement dans la vallée de la Tarentaise en Savoie. Elles sont absentes en Autriche et en Suisse, pays restés fidèles au modèle traditionnel. En Italie, l'Etat, à la différence de ce qui s'est passé en France, n'a pas souhaité prendre en charge le financement du développement touristique et il n'existe que des fragments de stations intégrées. Sestrières, présentée au début des années 1940 comme un prototype de station intégrée, s'est par la suite développée par tranches successives sans lien les unes avec les autres. Les architectes, qui collaborent avec Adriano Olivetti au Piano Regolatore della Valle d'Aoste (1943), sont en contact avec les français et proposent pour Pila et Breuil Cervinia une organisation proche de la station intégrée. Pila fait l'objet au début des années 1960 d'un plan d'ensemble dont l'auteur est Laurent Chappis architecte-urbaniste de Courchevel et de nombreuses autres stations, dont San Sicario. L'ensemble de ces projets reste à l'état de propositions, tant et si bien que l'architecture moderne en Vallée d'Aoste se résume à quelques ensembles d'immeubles ou constructions isolées.
La troisième génération (début des années 1980) reprend les grands principes du modèle de la station intégrée, mais adopte une architecture pastiche inspirée principalement des typologies rurales du Tyrol autrichien. Implantées en altitude, créées ex nihilo, à l'initiative d'un maître d'ouvrage unique qui propose un plan d'organisation d'ensemble, ces stations de troisième génération renouent avec une architecture de grosses bâtisses dont les murs sont parfois recouverts de fresques reprenant les motifs présents sur les fermes autrichiennes et dont les balcons sont en été ornés de jardinières de géraniums. Ce modèle se limite à un tout petit nombre de stations implantées en Tarentaise (Valmorel, Montchavin station satellite de La Plagne), mais l'architecture qu'il propose se diffuse progressivement à l'ensemble des stations de première et seconde générations, où l'on assiste à des transformations de bâtiments à l'architecture moderne en copies de ce qui est censé être une typologie traditionnelle autrichienne.

Les difficultés contemporaines des stations

La station de montagne, quelle que soit la génération à laquelle elle appartient, répond à un objectif unique qui est d'accueillir une clientèle composée de personnes aisées pratiquant le ski alpin. Au début des années 1990, diverses études montrent que la clientèle touristique est constituée de clusters dont les attentes à l'égard de la montagne diffèrent. A côté des jeunes sportifs pratiquant de manière intensive le ski, il existe une clientèle plus âgée et plus familiale, attentive à la qualité de l'accueil et de l'animation. Des segments particuliers de marché se développent autour des nouveaux sports de glisse (snow board), du VTT ou de l'alpinisme. La nécessité d'allonger la saison et de développer un tourisme de villégiature d'été contraint les stations à rechercher une plus grande polyvalence.
La crise des stations fait apparaître une inadaptation de l'offre touristique qui n'a pas su anticiper les transformations de la clientèle. L'hôtellerie est depuis plus de vingt ans en crise, la pension complète ne correspondant plus aux attentes d'une clientèle qui veut organiser librement ses loisirs. La part de l'hôtellerie dans l'hébergement touristique ne cesse de diminuer et les seuls créneaux viables sont l'hôtellerie de luxe, qui par définition touche une clientèle limitée, et les gîtes ruraux (agriturismi), qui jouent sur l'engouement pour la nature et les produits locaux. En France et en Italie, le parc de résidences secondaires constitue l'essentiel de l'hébergement touristique : il est soit vétuste et composé de logements trop petits (cas de la France), soit il reste fermé la plus grande partie de l'année (cas de l'Italie). Le bon fonctionnement des stations passe donc par une amélioration de la qualité de ce parc et la mise sur le marché des locations de ces appartements.
Dans de nombreuses stations, il n'existe pas d'organisation du produit touristique qui garantisse une véritable qualité de l'accueil. En Autriche (qui reste la première destination de la clientèle en Europe) et dans une moindre mesure en Suisse, il existe dans chaque commune des sociétés de développement regroupant l'ensemble des acteurs locaux. Ces deux pays attirent une clientèle aisée pour laquelle la qualité de l'accueil prime sur la diversité des équipements proposés. Le modèle autrichien fondé sur une prise en charge du tourisme par les locaux, sur une valorisation du paysage et du patrimoine rural est aujourd'hui plébiscité. Une partie non négligeable de la clientèle souhaite passer des vacances dans des lieux où le paysage traditionnel a été sauvegardé et où les équipements et les espaces publics (places, parkings...) ne sont pas aménagés avec des matériaux et du mobilier que l'on retrouve en ville.

Quelles perspectives ?

Les stations de montagne doivent faire face à la concurrence d'autres destinations touristiques et connaissent une stagnation de la fréquentation. Des initiatives sont prises, dans certains pays, pour améliorer les conditions de l'hébergement et de l'accueil des touristes.
Le patrimoine immobilier a vieilli et nécessite des travaux de restauration. Le Ministère français du Tourisme a lancé une procédure de réhabilitation de l'immobilier de loisirs : les propriétaires, qui s'engagent auprès de l'Etat à louer pendant une période de neuf ans leurs appartements, bénéficient d'exonérations fiscales. Ces propriétaires, qui peuvent jouir de leur bien pendant quelques semaines par an, doivent confier la gestion de leurs appartements à des sociétés de services spécialisées. A La Plagne par exemple, les entreprises de remontées mécaniques ont créé une filiale de gestion immobilières et ont versé une aide aux propriétaires qui acceptaient de moderniser leur appartement et d'en confier la location. Ces initiatives se heurtent pourtant aux réticences d'une grande partie des propriétaires qui désirent garder la libre disposition de leur bien et certaines réalisations se sont faites sans respect de l'architecture d'origine et transforment certains bâtiments en de véritables " coucous suisses ".
Dans les stations de première génération, en Suisse et en Haute-Savoie, dans une perspective d'accroissement de la durée des locations, des agences immobilières diversifient leurs services : assurance des biens loués, ce qui favorise la mise sur le marché de résidences de prestige, nettoyage et fourniture du linge de maison, petits travaux d'entretien, livraisons à domicile, location de véhicules, transport de l'aéroport à la station... Ces prestations intéressent tout particulièrement la clientèle de l'Europe du Nord, qui prend ses vacances en dehors des périodes scolaires. L'apparition de ces nouveaux services contribue à une dynamisation de l'économie locale.
D'autres stations françaises ont adopté un mode d'organisation proche de celui pratiqué depuis de longues années en Suisse et en Autriche. Elles fédèrent l'office du tourisme, les remontées mécaniques et les agences de réservation. L'office du tourisme organise un programme de manifestations : pot d'accueil en début de séjour, visite des lieux de production des produits locaux, promenades en raquette, découverte de la nature. Les écoles de ski se sont dotées de garderies pour les plus jeunes et proposent des démonstrations de leurs activités. La radio locale s'occupe de diffuser, en plusieurs langues, toutes les informations concernant la météo, l'état de la neige, les manifestations locales, les programmes de cinéma, les spécialités des restaurants et les produits vendus par les commerces.
Ces initiatives, qui émanent autant du public que du privé, montrent que les touristes sont plus attentifs à la qualité de l'accueil et de l'hébergement, à la facilité à accéder à une offre de services qu'à la multiplicité des équipements et des infrastructures. Nombreuses sont les stations de montagne qui sont à la recherche de nouvelles infrastructures qui permettraient d'attirer de nouveaux créneaux de clientèle. Elles s'engagent dans une course sans fin car, en matière de loisirs, les modes changent très rapidement. Ne serait-il pas plus judicieux qu'en prenant appui sur les ressources locales, elles construisent des stratégies fondées sur la valorisation des paysages et des éléments de patrimoine qui leur sont propres ?
   
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