QUALITA' DELL' ABITARE
L'ensemble des matériaux mis en œuvre dans l'architecture traditionnelle font des maisons valdôtaines d'autrefois des maisons-bio avant l'heure!
LA MAISON, UN ABRI
par Claudine Remacle
Clou Neuf, Chez-Noyer (Bionaz). La couverture de neige souligne le rôle protecteur du toit en lauze.Lorsque vous pénétrez dans votre voiture restée au soleil en été sur la place Plouves, vous ressentez exactement l'impression d'étouffer que j'ai vécue en passant la porte de la nouvelle case d'un chef de famille kirdi dans les Monts Mandara au Nord-Cameroun. Pourtant Jijef était fier comme Artaban! Il avait à peine terminé une case qui durerait des années et, surtout, qui exprimait sa réussite sociale. De plan rectangulaire et couverte d'un toit en tôle ondulée, elle trônait à coté des greniers à mil et à arachides dans le saré(1) familial. A l'intérieur, le toit en tôle réverbérait la chaleur implacable du dehors. On entrait littéralement dans un four, alors qu'à deux pas, les cases de ses épouses offraient un abri où l'air était respirable. Pourquoi? Tout simplement parce que la couverture de paille isolait les petites huttes rondes du rayonnement solaire de mi-journée. Dans cette partie de l'Afrique occidentale, les murs des cases sont construits en terre crue selon la technique du colombin, comme d'énormes poteries, et elles sont couvertes de paille ou de tiges de mil. Dans les saré, les greniers ont la forme de jarres et sont surélevés sur des pilotis en bois ou en pierre qui les mettent à l'abri de l'humidité et des rongeurs. On accède à l'ouverture supérieure par un tronc d'arbre en forme d'Y. Au début de la saison sèche (d'octobre à mai), on travaille sans relâche à la réfection des anciennes cases dont les murs se sont fissurés et l'on en construit de nouvelles. On confectionne des cordes, des nattes et des couronnements de toiture en herbe tressée pour recouvrir les parois et pour fermer les ouvertures la nuit et surtout pendant la saison des pluies.
A Rollie (Issime), une maison en pierre de 1828, bâtie pour durer plusieurs siècles.La servitude qu'impose l'entretien des cases chaque année, allié au développement du marché de la tôle ondulée, provoque l'abandon des techniques traditionnelles, mais surtout la perte d'un confort indéniable, d'une certaine qualité de vie.
En fait, il ne faut pas tirer de conclusions hâtives de cette petite histoire africaine. Elle ne veut absolument pas suggérer qu'il existe de bons ou de moins bons matériaux de construction. Tous répondent à des critères techniques bien particuliers selon leur genre et, ils ont, bien sûr, une valeur qui varie dans le temps en fonction de la conjoncture économique, mais ils doivent surtout être employés à bon escient.
Dans les Alpes, les éléments de construction traditionnelle, la pierre et le bois, sont devenus des matériaux nobles, appréciés pour leur valeur symbolique qui les rattachent au passé. Ils nous rappellent cette civilisation agropastorale dont nous sommes issus. Pour le citadin d'Aoste, de Turin ou de Milan, ils suggèrent des idées de vacances en montagne. Ils sont à tel point vénérés que les médias profitent des aspirations de tout un chacun pour donner un cadre bucolique à presque toutes les publicités. Le vieux village n'est plus qu'un décor et non un lieu de vie. En effet, guidés par une idée éphémère du beau, en constante transformation dans nos têtes, nous faisons de moins en moins de différence entre le vrai et le faux, entre le nécessaire et l'inutile.
Une maison restaurée en conservant les caractéristiques des murs anciens de granit à Sonlerto dans la Val Bavona (Ticino-CH).Tirés des alentours des villages, la pierre et le bois sont en effet des matériaux de qualité. Ils ont littéralement été générés par et pour des terroirs précis. La variété des pierres est multiple: granit, gneiss, schiste, etc. Il en va de même pour les essences d'arbres. Dans le passé, d'habiles maçons et charpentiers les ont mis en œuvre au prix d'un travail de maîtres. Ceux-ci ont construit nos maisons anciennes selon les règles de l'art et de l'architecture d'un autre temps. Ils y ont consacré de longues heures de travail. Elles ont couté beaucoup d'efforts et parfois beaucoup d'argent.
La valeur du temps mis pour équarrir les pierres d'angle d'un mur plein ou pour construire une colonne ronde a-t-elle perdu sa valeur? Non, car s'il nous fallait commander le même travail à un maçon aujourd'hui, cela nous coûterait très cher. La taille des pierres reste un travail d'artisan spécialisé qui requiert beaucoup d'habileté manuelle et que tous les maçons apprécient à sa juste valeur. En outre, l'ensemble des matériaux mis en œuvre dans l'architecture traditionnelle et leur agencement font de la maison valdôtaine d'autrefois une vraie maison-bio avant l'heure!
L'inertie thermique de nos vieux murs de pierre, de 60 cm à 1 m d'épaisseur, liés au mortier de chaux, conférait à nos maisons anciennes des caractéristiques appréciables par tous les temps. L'agréable fraîcheur de nos vieilles bâtisses en été n'est-elle pas une source de bien-être? La lente déperdition de la chaleur produite à l'intérieur en hiver n'est-elle pas aussi une qualité? Les enduits à la chaux (perméables à la vapeur d'eau) et les revêtements muraux en bois qui garnissent les murs des péillo ou des stobò de nos grands-mères ne sont-ils pas des éléments de confort dont nous allons, nous aussi, oublier l'existence? Et que dire de nos magnifiques couvertures en lauzes? Nos propres enfants n'oublieront-t-ils pas un jour qu'un toit de lauzes dure au moins cent ans et, surtout, que, sans tôles, il ne perce pas?
Intérieur d’un saré kirdi au Cameroun (1981). Au centre, la case du père; à gauche, celle d’une épouse; à droite, un grenier à mil. Noter les deux cloches en paille tressée préparées pour couvrir le sommet de la case et l’ouverture du grenier.En fait, lorsque l'on entreprend la réhabilitation d'une maison tout en désirant la conserver et l'adapter à un genre de vie sain et moderne (avec sanitaires et chauffage), le respect des structures portantes est essentiel, mais il faut prévoir une excellente ventilation du fond et de la charpente et, encore, l'ajout d'un épais manteau isolant au dernier niveau ou en toiture. Pour le bon équilibre thermique entre le dehors et le dedans des maisons habitées tous les jours, rien ne vaut un gros mur de pierre perméable à la vapeur d'eau. En outre, les planchers et les lambris, anciens, recyclés ou neufs, répondent aux besoins de confort que demandent nos pieds, notre dos, notre peau. L'introduction des matériaux actuels, tout comme le percement d'une nouvelle ouverture, n'est pas une erreur si elle se fait pour compléter la structure ancienne, pour substituer les éléments dégradés, pour éviter les déperditions de chaleur en hiver ou encore pour répondre à de réelles exigences de confort.
Que nous habitions en ville ou en montagne, en Europe ou en Afrique, la maison sera toujours notre abri contre les intempéries. Même si nous avons de plus en plus tendance à vivre dans un monde virtuel, où les médias et la société peuvent nous pousser à oublier rapidement la valeur intrinsèque des choses, les caractéristiques géographiques du milieu montagnard sont là pour nous guider dans nos choix: une pente à exploiter, un vent vigoureux à maîtriser, un ensoleillement exceptionnel à utiliser, un froid intense à repousser, une humidité excessive à écarter et, naturellement, une épaisse couche de neige à supporter.

(1)Saré: ensemble des cases occupées par les différents membres d'une famille, entouré d'une clôture d'épineux, d'une paroi de nattes ou encore d'un mur de pierre. Le saré est souvent abandonné à la mort du chef de famille.
   
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